Archevêque Georges (Wagner)
(1931–1993)

A propos de la voie que doit suivre notre Eglise

« Partout où s’étend sa domination, bénis le Seigneur, ô mon âme » (Psaume de l’hexapsalme)

Quand nous parlons de la voie que doit suivre notre Eglise, il nous faut nous souvenir de la réponse donnée par le Seigneur à la Samaritaine (Jn 4, 21-24).

La femme samaritaine avait demandé où est le lieu juste pour adorer Dieu, sur le mont Garizim ou au Temple de Jérusalem. Mais le Christ en guise de réponse lui indique que l’adoration du Père ne se fait ni ici ni là, mais « dans l’esprit et la vérité » qui doivent devenir une réalité sur terre par la loi pleine de grâce du Nouveau Testament.

L’adoration « dans l’esprit et la vérité » est devenue une réalité parmi les hommes par le miracle de ce grand jour mystérieux, quand l’Esprit Saint sous l’aspect de langues de feu est descendu sur l’assemblée des apôtres qui attendaient dans la crainte et la joie, en les réunissant dans le corps unique de l’Eglise. Mais la grâce du Saint Esprit qui lui a été donnée le jour de la Pentecôte, dorénavant ne manquera et ne diminuera jamais et nulle part pour l’Eglise du Christ, même si elle ne se manifeste pas à nos yeux sous un aspect aussi sensible que l’effusion de feu. Par la puissance du seul Esprit Saint l’Eglise que le Christ a « tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation » (Apocalypse 5,9) accomplit « l’adoration du Père dans l’esprit et la vérité », « dans tous les lieux de sa domination » (liturgie de saint Jean Chrysostome). En tout temps et en tout lieu l’Eglise du Christ fait participer ses enfants par l’intermédiaire de ses sacrements au grand miracle de la Pentecôte. Et c’est précisément par la fidélité à l’image de son être porteur de l’esprit vivifiant, par la fidélité à l’image de l’Eglise des apôtres à Sion le jour de la Pentecôte, que l’Eglise du Christ en tout temps et partout reste fidèle à elle même.

Ce sont ces fondements infaillibles de la vie de l’Eglise qu’il nous faut fermement garder à l’esprit dans cette période de troubles que nous traversons.

Lorsqu’il y a de cela plus de quarante ans furent créées de nombreuses communautés orthodoxes dans nos pays d’Europe occidentale, elles apparaissaient parmi le monde les entourant comme des communautés d’émigrés, accueillis comme des invités temporaires. La présence de ces émigrés dans les pays d’accueil paraissait alors temporaire et occasionnelle. Cependant, il en avait apparemment été décidé autrement dans les plans de la providence divine.

Il se trouve que la formation, en Europe occidentale, de nombreuses communautés orthodoxes vivantes devait avoir une signification pas seulement temporaire. Pour beaucoup de ces émigrés et de leurs enfants et petits-enfants l’Europe occidentale est devenue le lieu permanent de leur pèlerinage sur terre. Et il revenait à leurs communautés ecclésiales de manifester ici, par leur humble présence, le visage vivant de l’Eglise orthodoxe.

Il n’est désormais plus possible de considérer l’Eglise orthodoxe en Europe occidentale comme un corps étranger, elle n’est plus dans nos contrées un invité de passage. Les anciens émigrés, sans pour autant rejeter ou se couper de leurs racines familiales historiques, aujourd’hui ne ne sont déjà plus, bien sûr, des invités de passage et des étrangers dans leur pays de résidence actuelle. Beaucoup d’entre eux sont liés à ces pays, ne serait-ce que par tout ce qu’ils y ont vécu pendant tant d’années, par leur travail et par des liens culturels, parfois même aussi des liens familiaux.

Et, grâce à eux, une présence permanente a été rendue ici possible pour l’Eglise orthodoxe qui est, nénamoins, restée en toute chose fidèle et identique à soi-même. Car pour l’Eglise du Christ, comme nous le savons, « il n’y a pas ici-bas de cité permanente » (Hb 13,14). Mais, en même temps, il n’y a sur terre pour l’Eglise nulle contrée qui serait privée de la présence de cette grâce du Saint-Esprit qui la fait vivre. Partout et en tout temps l’Eglise se nourrit de l’unique pain « rompu sans être divisé, partout mangé et jamais consommé », le véritable très pur corps du Christ. Et partout et en tout temps l’Eglise constitue « l’unique temple de l’Esprit », fait de « pierre vivantes » (1 Pierre 2, 5), des êtres vivants. 

L’Eglise, dans toute la plénitude de son universalité, est Une et Même partout, où est confessée la foi une, orthodoxe et apostolique. Mais l’Eglise sur terre doit précisément accomplir ces missions pastorales précises qui s’imposent à elle pour son service dans un temps donné et dans un lieu donné. Et les conditions extérieures de sa vie, ainsi que les conditions de vie de ses enfants, et les nombreux problèmes complexes qui en découlent dans l’accomplissement du travail pastoral de l’Eglise s’avèrent toujours différentes dans les différentes régions du globe.

Notre Eglise en Europe occidentale, elle aussi, porte, ici précisément, là où elle est située, une grande responsabilité vis-à-vis du troupeau qui lui a été confié par le Christ. Il lui appartient de le garder afin que la foi orthodoxe ne s’affaiblisse pas en lui avec le temps, mais au contraire qu’elle se maintienne et se renforce. Et en même temps, elle doit être capable, ici, dans les pays où elle est située, de témoigner de sa foi devant tous les hommes qu’elles qu’ils soient qui cherchent réellement à connaître le mystère de cette foi. Malheur à nous, si nous voulons enterrer le talant qui nous a été confié par Dieu.

Mais il n’est possible pour notre Eglise d’accomplir ses missions conformément à la responsabilité qu’elle porte devant Dieu dans les conditions du temps et du lieu présent que dans le respect de la liberté sacrée dont témoignent à la fois l’esprit et la lettre des saints canons reconnus dans l’Eglise orthodoxe.

« Car les Pères ont jugé que la grâce de l’Esprit Saint ne fasse défaut à aucune contrée », nous dit le Livre des Canons (cf. la lettre du Concile de Carthage). Et le 3e Concile œcuménique, en prenant en son temps la défense de l’indépendance de la relativement petite Eglise de Chypre, met en garde tout le monde, afin que « nous ne perdions pas un peu, sans nous en rendre compte, cette liberté que nous a donné par son Sang notre Seigneur Jésus Christ, le Libérateur de tous les hommes » (8e canon).

« Que la grâce de l’Esprit Saint ne fasse défaut à aucune contrée », cela est valable aussi pour l’Europe occidentale. Et dans les événements de ces derniers temps il n’est pas possible de ne pas voir un signe clair et ferme qu’il convient précisément de continuer ici même l’ouvre d’édification de notre Eglise, continuer en toute connaissance de cause à avancer sur ce qui constitue la seule voie possible à suivre selon notre conscience.

(Sermon prononcé par l’archiprêtre (par la suite archevêque) Georges Wagner lors de la liturgie présidée par Monseigneur l’archevêque Georges (Tarasoff), dans l’église Saint-Alexandra de Bad-Ems, le dimanche de la Samaritaine, 15 mai 1966, après la proclamation de l’indépendance de l’Archevêché.)

Архиепископ Георгий (Вагнер)
(1931–1993)

О пути нашей Церкви

«На всяком месте владычествия Его – благослови, душе моя, Господа» (из Шестопсалмия)

Рассуждая о пути нашей Церкви, нам надо помнить ответ Господа, данный Самаряныне (Ин. 4, 21-24).

Женщина из Самарии спросила, где законное место поклонения Богу, на Самарянской ли горе или же в Иерусалимском храме. А Христос ей в ответ указал на поклонение Отцу ни там, ни здесь, но «в духе и истине», которое должно было стать на земле действительностью по благодатному закону Нового Завета.

Поклонение Богу «в духе и истине» стало реальностью среди людей чудом того великого таинственного дня, когда Дух Святой в виде огненных языков самолично сошел на трепетно радостный собор учеников, объединяя их в единое Тело Церкви. Но благодать Святого Духа, данная Ей в день Пятидесятницы, теперь уже никогда и нигде не оскудевает и не ослабевает для Церкви Христовой, хотя и внешне не проявляет себя нашим глазам в таком же чувствительном огненном виде. Силою Единого Духа Церковь Христова, которую он «кровию Своей искупил Богу из всякого колена и языка и народа и племени» (Откровение 5,9), совершает «поклонение Отцу в духе и истине», «на всяком месте владычествия Божия» (см. Литургию св. Иоанна Златоуста). Во всех временах и местах Церковь Христова приобщает чад Своих посредством Своих Таинств к великому чуду для Пятидесятницы. И именно через верность образу Своего изначального духоносного бытия, образу апостольской Сионской Церкви в день Пятидесятницы, Церковь Христова во всех временах и пространствах остается верной Себе Самой.

Эти незыблемые основы жизни Церкви надо нам твердо помнить и в наши смутные дни.

Когда больше сорока лет тому назад в наших западно-европейских странах начали возникать многочисленные православные общины, они среди окружающего их мира являлись общинами странников и гостей. Пребывание здесь этих странников в приютивших их странах казалось лишь временным и случайным. Однако в промыслительных планах Божиих видимо суждено было иначе.

Оказалось, что появление среди западно-европейского мира многочисленных живых православных общин должно было иметь значение не только лишь переходящее. Для многих из тогдашних странников и их детей и внуков Западная Европа стала уже постоянным местом странствования на земле. И их церковным общинам надлежало своим смиренным присутствием здесь выявлять живой лик Православной Церкви.

Теперь уже Православная Церковь никак не может считаться в Западной Европе чужой, никак не является в этих странах лишь чужим гостем. Бывшие когда-то странники, никак не отрекаясь и внутренне не отрываясь от своих исторических родных корней, вместе с тем, конечно, сегодня уже не являются лишь чужими гостями и в странах их теперешнего пребывания. Многих из них стали связывать с этими странами и долголетняя жизнь и труд в них и умственные связи, а то и узы кровного родства.

И через Своих членов право постоянного жительства здесь приобрела и сама Православная Церковь, которая при этом осталась совершенно тождественной Себе Самой. Ибо для Церкви Христовой, как мы знаем, на земле вообще нет «пребывающего града» (Евр. 13,14). Но вместе с тем для Церкви и нет такой области Ее пребывания на земле, где Она была бы лишена присутствия той благодати Святого Духа, которой Она живет. Всегда и везде Церковь питается Единым Хлебом «раздробленным и не разделяемым, всегда ядомым и никогда же иждиваемым» (Литургия св. Иоанна Златоуста) – истинным Пречистым Телом Христовым. И везде и всегда Церковь является «единым храмом Духа», слагаемым из «живых камней» (1 Петр. 2, 5) – живых людей, пo благодати чрез Таинства становящимися Тела Христова.

Церковь во всей вселенной является Одной и Той же – везде, где исповедуется единая православная апостольская вера. Но Церковь на земле всегда должна выполнять именно те определенные пастырские задачи, которые ставятся перед Ней в данное время в данном месте Ее служения. И внешние условия Ее жизни, а также условия жизни Ее чад и вытекающие отсюда многосложные проблемы пастырского попечения Церкви всегда различны в разных областях земного шара.

И Церковь наша в Западной Европе несет великую ответственность именно здесь, на месте Ее пребывания, в своих доверенных Ей Христом овец. Ей надлежит их охранять так, чтобы в них не ослабела с течением десятилетий, а чтобы сохранилась и укреплялась православная вера. И вместе с тем Она должна быть готова здесь, на месте Ее пребывания, о своей вере свидетельствовать перед всеми – кто бы они и ни были – искренно желающими узнать тайну этой веры. Горе нам, если мы хотим скрывать талант, доверенный нам Богом.

Но выполнять согласное своей ответственности перед Богом в условиях данного часа и места Свои задачи возможно для нашей Церкви лишь в той священной свободе, о которой свидетельствуют и дух и буква издревле признаваемых в Православной Церкви священных правил Ее жизни.

«Ибо отцы судили, что ни для единые области не оскудевает благодать Святого Духа», говорит Книга Правил /см. Послание Карфагенского Собора/. И третий Вселенский Собор, защищая в свое время независимость сравнительно небольшой Кипрской Церкви, предостерегает всех, чтобы мы не «утратили по малу, неприметно, той свободы, которую даровал нам Кровию Своею Господь наш Иисус Христос, Освободитель всех человек» /правило 8-е/.

«Ни для единые области не оскудевает благодать Святого Духа», значит – и для Западной Европы. И в событиях последнего времени нельзя было не видеть ясного указания верно и твердо именно продолжать здесь дело нашей Церкви, продолжать вполне сознательно единственный, могучий отстоять перед нашей совестью, путь.

Слово, сказанное протоиереем Георгием Вагнером при архиерейском служении архиепископа Георгия (Тарасова) в храме св. муч. Царицы Александры в Бад Эмсе (Германия), в воскресенье о Самаряныне – 15 мая 1966 г.