Réflexions du diacre Alain Monnier (paroisse de Rennes) pour l’Assemblée pastorale du 11 mai 2019

Le Christ est ressuscité!
Monseigneur, bénissez.
Bien chers Pères et Frères en Christ,

Je me permets à mon tour de vous faire parvenir mes modestes réflexions. Non que je les juge plus essentielles que ce qu'il nous a été donné de lire depuis quelque temps, le plus souvent avec beaucoup d'intérêt, mais parce qu'il est possible que d'autres partagent, au moins partiellement, certaines choses qui ne semblent peut-être pas encore avoir été prises en compte. Enfin, surtout parce que je ne souhaite pas alourdir le programme de notre rencontre de samedi (11 mai).

Pour faire suite au résultat encourageant de la consultation qui a eu lieu lors de l’AGE du 23 février dernier, comment allons-nous à présent préserver cette unité désirée alors que les individus et les communautés s’apprêtent probablement à suivre aujourd’hui des voies distinctes ?

Il nous faut, dans un premier temps, avoir le souci commun de ceux qui seraient tentés de n’aller nulle part et d’abandonner un cheminement ecclésial devenu peut-être trop problématique pour certains. Inquiétons-nous de ces frères, avec la même sollicitude que le Seigneur à qui ils demeurent confiés, et qui veille sur eux, afin qu’aucun d’eux ne soit perdu (cf Jn 17, 12).

Pour le reste, il nous faut considérer d’une part l’origine de ce cheminement et d’autre part son but et ses moyens.

Pour ce qui est de la première, il n’est pas d’autre origine que l’appel du Christ, notre Source (Jn 4, 13-15 ; Jn 6, 35 ; Jn 11, 26-27) à quoi rien d’autre ne peut être substitué sans risque de dénaturer et de dévier notre propre trajectoire.

Concernant les seconds, sachons ne pas confondre les uns et l’autre. En effet, le fait de choisir – si c’est bien de cela qu’il s’agit - de se placer sous une omophore plutôt qu’une autre, relève certainement moins d’un but à atteindre que du moyen, sans doute variable, pour chercher à atteindre ce but.

Que les moyens diffèrent d’un individu, d’une communauté à une autre ne doit pas nous étonner, encore moins nous effrayer : n’est-ce pas le cas depuis les origines du Christianisme (cf Mc 9, 38-41 ; 1 Cor 1, 10-17 ; Act 19, 1-6) ? n’est-ce pas également ce quoi repose la conciliarité si essentielle à l’Orthodoxie ?

Puisqu’il importe plus de tenir compte, dans le développement de notre archevêché, non de ce qui s’est passé il y a cent ans, comme si cela ne devait pas avoir de finalité propre, mais de tout ce qui s’est produit depuis cent ans – et peut-être plus mystérieusement, pourquoi, pour quel dessein prophétique, cela s’est produit, - restons fermement attachés à l’exigence d’une église locale, à la dimension (moderne et actuelle) de l’Europe occidentale.

Cela rappelé et posé, faisons en sorte qu’indépendamment des juridictions plurielles, trop nombreuses si elles doivent se situer uniquement en concurrence les unes par rapport aux autres, notre attachement au Christ, à son Église et à son exigence d’unité (Jn 17, 20-21) demeure indéfectible. Ne jetons pas l’anathème sur ceux qui, à côté de nous, plus exactement parmi nous, choisiront une voie qui apparaitra différente de la nôtre. Le sera-t-elle vraiment si nous conservons l’essentiel ? Notre sœur, notre frère sera-t-il seul responsable d’une regrettable séparation si, dès à présent, nous-mêmes ignorons, repoussons cette sœur, ce frère ?

Gardons présent à l’esprit ce qui, plus essentiellement, doit nous conserver dans une unité que nous avons tous préconisée et dont l’exigence nous engage à la fois collectivement et personnellement. Ne transformons pas les étapes à venir vers l’Église locale pour l’Europe occidentale ... en divorce, en schisme, ce de manière à en empêcher finalement l’avènement.

Il s’agit en effet moins aujourd’hui de conclure ou d’exclure que de prolonger une présence à la suite du Christ, dans l’unité de l’Esprit.

Cela implique certainement la levée, entre nous, de tous interdits d’ordre eucharistique, mais aussi, plus modestement, de divisions et de rejets qui peuvent se tapir dans nos cœurs et parfois sourdre dans nos propos.

Cela implique également, par exemple, qu’au sein de structures d’échanges et de partage telles que les Fraternités, globales et locales, et ce, bien entendu, à l’échelle européenne actuelle et sous la conduite de nos pasteurs, puissent continuer d’œuvrer ensemble tous ceux qui sont appelés à bâtir l’Église locale, commune, de demain.

« A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 35) nous enjoint le Seigneur, « Voyez comme ils s’aiment » admettent, selon Tertullien (Apologétique, 39, 7), les païens en voyant vivre et mourir les premiers Chrétiens.

Dans un monde déchristianisé et tourmenté, offrons plutôt à ce dernier le témoignage de l’amour fraternel qui passe par-dessus les obstacles et les intrigues. « Afin qu’en toutes choses, Dieu soit glorifié » - c’est-à-dire aussi en chacun de nous, dans la richesse de nos différences. Pardonnez- moi de ne pas pouvoir résister ici à l’urgence de citer plus largement cette exhortation de Pierre dans laquelle il n’y a rien à changer après tant de siècles : « Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité, car la charité couvre une multitude de péchés. Exercez l'hospitalité les uns envers les autres, sans murmures. Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu'il a reçu. Si quelqu'un parle, que ce soit comme annonçant les oracles de Dieu ; si quelqu'un remplit un ministère, qu'il le remplisse selon la force que Dieu communique, afin qu'en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance, aux siècles des siècles. Amen ! » (1 Pi 4, 8-11).

Bien humblement et fraternellement à chacun, comme un très modeste reflet de la périchorèse trinitaire à laquelle nous aspirons certainement tous,

diacre Alain Monnier

Paroisse Saint Jean de Cronstadt et Saint Nectaire d’Egine (Rennes)