Avis canonique ou opinion particulière du père Jivko Panev ?

(Texte proposé par l’archiprêtre Vladimir Yagello pour discussion devant l’Assemblée pastorale du 10 mai 2019 à Paris)

C’est avec attention que les signataires de l’AUTRE PROPOSITION ont pris connaissance de la réplique du professeur Jivko Panev.

Ce dernier feint de ne pas remarquer que l'objectif de notre entité ecclésiale n'est pas de nous proclamer "Eglise autonome" d’une façon sauvage, sachant qu’une Eglise autonome n'existe qu'au sein d'une Eglise autocéphale qui la reconnaît comme telle. Cet ordre des choses est d’ailleurs rappelé dans le texte de l’Autre Proposition.

L'objectif est de préserver notre statut d'autonomie interne et notre liberté de vie ecclésiale conformes à notre tradition, du moins tant que les Patriarcats, notamment ceux de Constantinople et de Moscou, demeurent en conflit, ne respectent eux-mêmes ni les canons, ni leurs engagements, et de ce fait menacent notre existence et notre (propre) survie.

L’archiprêtre Jivko Panev nous explique que si nous choisissons la voie de l'indépendance, nous nous couperions du reste de l'orthodoxie, nous deviendrions une « parasynagogue ». Mais, en décembre 1965, l'Exarchat supprimé par le patriarche Athénagoras a proclamé le 30 décembre son "autonomie et indépendance" et s'est donné à l'époque des statuts en conséquence. Ceux qui ont oeuvré à cela étaient les pères Nicolas Afanasieff, Alexis Kniazeff, Boris Bobrinskoy, Constantin Andronikof et d'autres, avec la bénédiction et le soutien de nos évêques de l'époque Mgr Georges (Tarassov) et Méthode (Kuhlman). Ont-ils créé une "parasynagogue", étaient-ils de moins bons connaisseurs des canons et de l'ecclésiologie orthodoxes que le professeur Jivko Panev ? Ces décisions ne nous ont pas empêché de rester en communion avec tous.

On nous explique aussi que nous ne sommes qu’un exarchat et non un archevêché. Ce jeu de mots est totalement inapproprié à notre situation. Un groupe de communautés avec son évêque est un évêché. Ce groupe est en fait une Eglise. L’Eglise de Finlande a 25 paroisses et 3 évêques.

Et la comparaison de notre situation avec celle de l'ECOF est outrancière.

L'ECOF, était l'aventure personnelle d’Eugraphe Kovalevsky, - talentueux, mais exalté et non sans orgueil, avec l'invention d'un rite liturgique (le soi-disant rite des Gaules reconstitué, ou plutôt inventé par lui), des dérives spiritualistes, voire spiritistes, ou même syncrétistes. On ne peut pas comparer cette expérience malheureuse avec celle de l'Archevêché. Quant au fait de passer d'une juridiction à une autre dans la diaspora, comme le firent Kovalevsky et ses adeptes, longue est la liste dans toutes les émigrations de ceux qui allèrent de l'une à l'autre. Chez les Russes on peut citer notamment le cas du célèbre père Alexandre Kisseliov (qui est passé par toutes les juridictions russes) et bien d'autres, et chez les Serbes même, le saint évêque Nicolas Velimirovic.

A la lumière de ces faits, on peut se demander quel était le statut de la métropole russe d’Amérique entre 1946 et 1970 ? Elle n’était ni une Eglise autocéphale ni une Eglise autonome, personne ne lui avait donné l’un de ces deux statuts. Elle était une Eglise de facto « indépendante », sans lien ni avec Constantinople ni avec Moscou — et donc probablement qu’aux yeux de certains elle n’était pas «canonique» —, mais une Eglise qui pourtant existait bel et bien, sur un territoire donné, et vivait d’une pleine et entière vie liturgique et sacramentelle. C’est d’ailleurs, durant ces trois décennies, que son institut de théologie, le séminaire Saint-Vladimir, a probablement été au sommet de sa qualité théologique et pastorale.

On peut de toute façon débattre longuement sur ce qui est « canonique » ou ne l’est pas, mais tous nos patriarcats, avec leurs juridictions parallèles et superpositions d’évêques en un même lieu, peuvent-ils vraiment se revendiquer d’un quelconque bien-fondé « canonique » ? En tout état de cause, l’histoire de l’attribution des statuts d’autocéphalie et d’autonomie montre que l’on est souvent très loin de l’idéal canonique et que, avec le temps, une solution de compromis est toujours trouvée. Le véritable problème est celui de la pérennité de notre existence dans la liberté ecclésiale.