Commentaire de texte sur l’invitation à l’assemblée pastorale convoquée par Mgr Jean (Renneteau) le 28 septembre 2019

Chers Doyens, chers Recteurs, chers Prêtres et chers Diacres,

Notre rattachement canonique au Patriarcat de Moscou, qui vient d’être accepté par le Saint-Synode du Patriarcat de Moscou i, constitue une étape historique dans l’histoire de notre Archevêché.

Il met fin à un parcours qui fut lourd et douloureux, mais que j’ai souhaité, fidèle à nos traditions et nos canons, mener en conciliarité.ii Nous nous sommes réunis les 15 décembre 2018 et 11 mai 2019 en assemblée pastorale. Et ce sont nos assemblées générales extraordinaires des 23 février et 7 septembre qui ont amorcé puis acté la rupture rendue nécessaire d’avec le Patriarcat Œcuménique iii, puisqu’une large majorité, en optant pour le projet de rattachement avec le Patriarcat de Moscou iv, a rendu canoniquement impossible le maintien ecclésial au sein du Patriarcat Œcuménique. v

En tant que votre pasteur, j’en ai tiré les conséquences et fait le choix pastoral vi qui m’apparaissait être le seul qui permettait de préserver l’intégrité de notre Archevêché, tout en lui assurant un fondement canonique solide.ii Ce choix nous oblige à présent car nous devons construire l’avenir de notre Archevêché. vii

Ce choix nous oblige à présent car nous devons construire l’avenir de notre Archevêché. viii

C’est donc vers vous, mes Chers Doyens, Recteurs, Prêtres et Diacres, que je me tourne car nous avons une mission importante à accomplir : nous devons parachever et confirmer ensemble ix le rattachement canonique de notre Union Directrice Diocésaine des Associations Orthodoxes Russes en Europe Occidentale au Patriarcat de Moscou x, dans les conditions qui ont été négociées avec le Patriarcat et qui sont reprises dans le Projet de rattachement qui vous a été diffusé cet été.

J’ai besoin de chacun d’entre vous xi, et je vous invite donc à une Assemblée pastorale le samedi 28 septembre 2019 à la Cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky (12, rue Daru, 75008 Paris).

Je voudrais insister sur la nécessité de votre présence. C’est un moment très important pour l’histoire de notre Archevêché. xii

Aussi, les prêtres qui ne peuvent vraiment pas venir le 28 septembre sont-ils priés de m’adresser une lettre me confirmant leur adhésion au rattachement canonique de notre Archevêché au Patriarcat de Moscou suivant les conditions du Projet de rattachement. xiii


Paris, le 19 septembre 2019

† JEAN, Archevêque dirigeant de l’Union Directrice Diocésaine des Associations orthodoxes russes en Europe Occidentale xiv

i Est-ce un « nous » de modestie (ou de majesté) à la place de la première personne du singulier ? En tout cas, cela ne peut pas être un « nous » collectif, car la décision du Saint-Synode du PM du 14 septembre ne concerne que Mgr Jean (Renneteau) et lui seul. C’est lui qui, à sa demande, est intégré dans la juridiction du PM et, à la date de ce texte, il n’y a que lui qui a fait cette démarche. De même il a reçu un congé canonique du PŒ à titre personnel, et sans le droit d’emporter avec lui ni les clercs ni les paroisses. D’ailleurs, le Saint-Synode du PM précise bien, dans sa décision du 14 septembre, que les clercs et les paroisses qui voudront le suivre doivent en faire une demande spécifique par écrit adressée au PM, après que les paroisses aient voté en AG leur changement de juridiction conformément à ce que prévoient leurs statuts respectifs. Donc, pour l’instant, seul Mgr Jean a intégré le PM et, de ce fait, il n’a plus rien à voir avec les paroisses de l’Archevêché ni avec l’Union Directrice Diocésaine des Associations orthodoxes russes en Europe Occidentale (plus loin - UDD), laquelle reste dans la juridiction du PŒ comme le disent ses statuts (art. 7 et 11), puisqu’ils n’ont pas été modifiés à ce jour, en tout cas pas de façon légale et statutaire.

ii Une « conciliarité » très bridée, avec des débats tronqués, des manipulations, des pressions, des demi-vérités et des mensonges éhontés, des décisions à la va-vite et sans concertation. Aucune réflexion de fonds, aucun temps de véritable discussion, le projet du père Achkov enterré avant même d’avoir été examiné…

iii L’AGE du 23 février n’a absolument pas amorcé de rupture avec le PŒ, elle a exprimé sa volonté (par 93% des voix exprimés) de voir l’intégrité de l’Archevêché préservée dans une structure unifiée (au sein du PŒ ou d’un autre). Depuis lors, de nombreuses paroisses et communautés nous ont déjà quitté, notamment en Scandinavie. Quant à l’AGE du 7 septembre, elle ne s’est pas prononcée pour quitter le PŒ et rejoindre le PM, elle s’est exprimée sur un texte de propositions concernant les modalités des futures relations entre l’Archevêché et le PM dans le cas où l’Archevêché rejoindrait la juridiction du PM. Ce texte n’a pas obtenu la majorité des 2/3 requis par les statuts de l’UDD et n’a donc pas été accepté.

iv Certes, 58 % des votants lors du scrutin du 7 septembre ont répondu en faveur du texte de propositions du PM, mais cela n’impliquait pas l’établissement d’un rattachement immédiat au PM, car la majorité des 2/3 requise par les statuts n’a pas été alors atteinte. Pour rester dans le cadre de la légalité, il convenait de convoquer une nouvelle AGE et de représenter ce texte au vote, soit dans sa forme initiale soit dans une forme modifiée, susceptible de recueillir une plus large approbation. Si ce second vote s’avérait à nouveau négatif, le blocage ainsi constaté devait être levé par un nouveau scrutin où une majorité des 4/5 contre la proposition de l’archevêque est requise. Cette procédure prévue par les statuts n’a pas été suivie.

v Affirmation fausse : ce qui a rendu « impossible un maintien » dans le PŒ, c’est, tout d’abord, et avant tout, le refus de Mgr Jean d’envisager la moindre possibilité de négociation avec le PŒ pour trouver une nouvelle forme de relation entre l’Archevêché et le PŒ, son obstination à ne pas communiquer avec le patriarche Bartholomée (du moins jusqu’à son entrevue du 17 août à Chambésy), son refus d’entendre les ouvertures que lui a fait alors le patriarche (et dont il n’a pas parlé dans son compte rendu de leur discussion), son systématique travail de sape des négociations engagées par la délégation du CA envoyée au Phanar, ses proclamations sans cesse, à droite à gauche, que le passage à Moscou s’avérait « la seule et unique solution ».

vi Mgr Jean fait son « choix pastoral », c’est le sien, mais nous devons faire, en tant qu’Archevêché, dans son ensemble, et en tant que paroisses, faisant encore partie de cet Archevêché, des choix canoniques et juridiques, et personne ne peut les faire à notre place. Par ailleurs, les statuts de l’Archevêché ne reconnaissent pas parmi les attributions de son Archevêque (art. 45 et 46) de pouvoir, de sa propre et seule décision, changer le rattachement juridictionnel de l’Archevêché, cela relève de la seule compétence d’une AGE.

vii Et qu’en est-il du serment de fidélité et de loyauté au patriarche Bartholomée qu’a prononcé Mgr Jean le jour même de son sacre épiscopal, lors de la liturgie dans l’église du Phanar ? Si les clercs doivent en toute chose suivre leur évêque, l’évêque n’a-t-il pas à respecter ses engagements vis-à-vis du patriarche ? Si l’évêque peut en conscience ne pas obéir à un patriarche qui prendrait des décisions nocives pour son diocèse, qu’est-ce qui obligerait les prêtres à suivre, les yeux fermés, un évêque qui prendrait, lui aussi, de son côté, des décisions nocives pour son diocèse ?

viii Mais ce choix ne permet pas de « construire l’avenir de l’Archevêché », il aboutit à l’éclatement et à la destruction de l’Archevêché.

ix Comment peut-on « parachever » et « confirmer » ensemble quelque chose qui n’a même pas encore été décidé ensemble. Aucune décision, valable statutairement, en faveur d’un passage dans la juridiction de Moscou n’a été prise, l’Archevêché, ses clercs et ses paroisses sont encore à ce jour dans la juridiction du PŒ, à l’exception de Mgr Jean qui lui a, d’ores et déjà, quitté le PŒ avec la lettre de congé canonique qu’au départ il disait ne pas accepter et qu’ensuite il dit pouvoir utiliser pour être reçu dans les formes canoniques par le PM.

x Une telle responsabilité ne relève pas des attributions d’une assemblée pastorale d’après les statuts de l’UDD, puisque ce genre d’assemblée a pour tâche de traiter des « questions théologiques, liturgiques et pastorales et de la formation permanente des clercs » (cf. art. 45.2 des statuts de l’UDD). Le changement de rattachement de juridiction est du seul ressort de l’AGE et nécessite, dans le cas présent, le changement des articles des statuts où est actuellement indiqué notre rattachement canonique au P (art. 7 et 11), et cela par un vote à la majorité des 2/3 (art. 35). Ne pas respecter ces points des statuts que nous nous sommes nous-même donnés (lors de l’AG de 1998) revient à nous mettre hors la loi et ouvre la porte à des recours devant les tribunaux civils et/ou ecclésiastiques.

xi Mgr Jean a besoin de « chacun d’entre nous » parce qu’il doit venir à Moscou avec un maximum de clercs et, surtout, de paroisses, sous peine de quoi l’Archevêché n’a aucun intérêt comme prise pour le PM, le patriarche Cyrille souhaite montrer que les « derniers morceaux » (dixit le patriarche lui-même) de l’émigration russe qui étaient encore récalcitrants à reconnaître son autorité sont rentrés dans le giron de l’Eglise-mère et de la mère-patrie.

xii Et pour cause, il s’agit ni plus ni moins pour lui d’auto-saborder l’Archevêché.

xiii Est-ce à dire que tous les autres seront rayés, unilatéralement et par la seule volonté de Mgr Jean, des listes du clergé d’un Archevêché, dont il n’est plus ni l’archevêque ni le président du CA ? Où est le respect des statuts de l’Archevêché ?

xiv Ce titre n’existe pas. Les évêques portent, de tout temps, le titre d’un siège épiscopal, ainsi il y avait l’archevêque Jean de Charioupolis, il est devenu Jean de Doubna. Ses prédécesseurs immédiats à la tête de l’Archevêché (depuis au moins l’époque de Mgr Serge) ne se sont jamais prévalu de ce titre extravagant d’«archevêque de l’Union directrice des Associations orthodoxes russes en Europe Occidentale», mais ils étaient désignés sous le titre d’«archevêque des églises orthodoxes russes en Europe Occidentale». Il est étonnant que Mgr Jean persiste à se présenter comme le président de l’UDD, alors qu’il n’a plus avec ni la légitimité ni la légalité pour le faire.