Lettre ouverte de l'Archiprêtre Georges Ashkov, doyen de la région du Sud-Ouest, recteur des paroisses de Biarritz et de Lourdes ainsi que des communautés de Saint-Sébastien et Pampelune

Mes frères et soeurs en Christ !

Je suis reconnaissant à tous ceux qui ont pris la parole lors de nos assemblées, à ceux qui ont exprimé leur position dans des lettres ouvertes, analysé notre situation de crise et proposé des solutions concrètes. Mais, en étudiant vos avis, j’ai trouvé d’une façon inattendue un aspect intéressant de notre discussion. Toutes nos positions sont polarisées autour d’un seul dilemme : Moscou ou Constantinople ? Pourquoi ?

LA CRISE

Nous avons été pris dans un conflit entre les patriarcats de Moscou et de Constantinople à cause de la crise de l'Église en Ukraine. Mais cette crise est le reflet de la crise générale de l'Église orthodoxe. Cette crise n'a pas commencé l'année dernière. Il est important de comprendre que les Pères des Conciles oecuméniques ont défini les caractéristiques fondamentales de l'Église, mais nous n'avons pas de dogme à propos de l'Église elle-même. C’est pourquoi, en étudiant l’histoire de l’Église, nous voyons que nous n’avons pas de modèle ecclésiologique sans équivoque. Si nous examinons la question de manière générale, nous trouverons dans l'histoire de l'Église orthodoxe trois types principaux d'ecclésiologie :

- L’ecclésiologie eucharistique (sacramentelle) de l'Eglise primitive (I-III siècles);

- La version byzantine de l'ecclésiologie universelle du Moyen Âge (surtout après le grand schisme);

- Notre situation ecclésiologique moderne, qui a débuté au XIXe siècle. Cette époque correspond au défilé des juridictions nationales autocéphales. Et cette situation ne correspond pas au type de l’ecclésiologique ancienne ni à celui l’ecclésiologie médiévale.

Aujourd’hui, nous pouvons observer les tendances suivantes dans la vie de l'Église : le patriarcat de Constantinople tente d'imposer à tout le monde l'universalisme byzantin, mais les canons médiévaux ne fonctionnent plus. Le patriarcat de Moscou et d’autres agissent dans l’esprit du nouveau modèle de fédération des Églises autocéphales, qui n’est pas dans les canons.

Au XXe siècle, sont également apparues des Églises qui essayent aujourd’hui de tendre vers les principes de l'ancienne ecclésiologie sacramentelle, dont les exemples les plus frappants sont l'Église orthodoxe en Amérique et notre archevêché.

Au XXe siècle, sont également apparues des Églises qui essayent aujourd’hui de tendre vers les principes de l'ancienne ecclésiologie sacramentelle, dont les exemples les plus frappants sont l'Église orthodoxe en Amérique et notre archevêché.

Je n'ai pas la possibilité d'expliquer ici les principes de chaque modèle ecclésiologique, mais la corrélation entre les principes hiérarchiques et les principes de la conciliarité (sobornost) dans la structure de l'Église (à tous les niveaux de la vie ecclésiale) dans ces modèles est différente, parfois contradictoire. C’est pourquoi nous nous trouvons aujourd’hui face à un conflit de nouvelles conditions historiques et des canons de l'Église, un conflit de doctrines ecclésiologiques et de pratiques ecclésiastiques. Nous voyons tous les signes d'une crise ecclésiologique qui se développe !

Les signes de cette crise sont apparus au XIXe siècle en Russie et ont poussé des théologiens russes à faire des recherches. Le travail le plus important sur l’ecclésiologie a été fait par Alexeï Khomiakov (en particulier son rappel du principe de sobornost dans la vie de l’Église) et par l’archiprêtre Evgeniĭ Akvilonov, qui a été à l’origine du renouveau de l’ecclésiologie sacramentelle (la doctrine évangélique sur l'Église en tant que le Corps du Christ). Puis, il y a eu un vaste débat au sein de l’Église russe et de la société russe lors du processus de préparation du Concile local, suivi des décisions du Concile de Moscou, 1917-1918. L'ecclésiologie et les réformes de l'Église ont été les principales préoccupations des participants de ce grand Concile. Pour des raisons tragiques très connues, ces réformes n’ont pas été réalisées au sein de l’Église russe, mais elles ont trouvé leur place dans la structure et la vie des Églises de l’émigration russe : aux États-Unis, dans notre archevêché en Europe occidentale, dans le diocèse du patriarcat de Moscou en Angleterre et un peu dans Église orthodoxe russe hors frontières. Les théologiens de l'Institut Saint-Serge à Paris ont poursuivi le travail d’Alexeï Khomiakov, d’Evgeniĭ Akvilonov et des pères du Concile de Moscou de 1917-1918. L'ecclésiologie était le thème majeur de leurs écrits, en particulier de ceux du Père Nicolas Afanassieff et ses adeptes Père Alexandre Schmemann et Père Jean Meyndorff.

Les signes de cette crise sont apparus au XIXe siècle en Russie et ont poussé des théologiens russes à faire des recherches. Le travail le plus important sur l’ecclésiologie a été fait par Alexeï Khomiakov (en particulier son rappel du principe de sobornost dans la vie de l’Église) et par l’archiprêtre Evgeniĭ Akvilonov, qui a été à l’origine du renouveau de l’ecclésiologie sacramentelle (la doctrine évangélique sur l'Église en tant que le Corps du Christ). Puis, il y a eu un vaste débat au sein de l’Église russe et de la société russe lors du processus de préparation du Concile local, suivi des décisions du Concile de Moscou, 1917-1918. L'ecclésiologie et les réformes de l'Église ont été les principales préoccupations des participants de ce grand Concile. Pour des raisons tragiques très connues, ces réformes n’ont pas été réalisées au sein de l’Église russe, mais elles ont trouvé leur place dans la structure et la vie des Églises de l’émigration russe : aux États-Unis, dans notre archevêché en Europe occidentale, dans le diocèse du patriarcat de Moscou en Angleterre et un peu dans Église orthodoxe russe hors frontières. Les théologiens de l'Institut Saint-Serge à Paris ont poursuivi le travail d’Alexeï Khomiakov, d’Evgeniĭ Akvilonov et des pères du Concile de Moscou de 1917-1918. L'ecclésiologie était le thème majeur de leurs écrits, en particulier de ceux du Père Nicolas Afanassieff et ses adeptes Père Alexandre Schmemann et Père Jean Meyndorff.

Cependant, ce n’est pas par hasard que j’ai rappelé le deuxième principe de la vie de l'Église – le principe hiérarchique.

Malheureusement, je dois dire que, contrairement à l'Église aux États-Unis et l’Église orthodoxe russe hors frontières, ce principe est exprimé de manière très faible dans notre diocèse. Selon l’ecclésiologie, le trait fondamental de l’Église est l’assemblée (communauté) eucharistique du peuple de Dieu, présidée par l’évêque, qui est élu par le peuple et désigné par les successeurs des apôtres. À première vue, il semble que cela soit suffisant pour fonder une Église locale et, dans notre Eglise nous avons tout le nécessaire pour le faire.

J’ai entendu à plusieurs reprises que nous bâtissons une Église locale en Europe occidentale, oui, mais nous ne vivons pas en isolement. Pendant longtemps, j’ai été convaincu que le métropolite Euloge avait fait le bon choix lorsque, dans le chaos de la vie ecclésiale de son époque, il dirigea son Église sous le haut patronage canonique du patriarcat de Constantinople. Les autres Églises, la métropole américaine et l’Église orthodoxe russe hors frontières ont décidé de vivre de manière indépendante. Maintenant j'ai changé d'avis.

Bien sûr, toutes les décisions de cette époque étaient temporaires, mais regardez la structure des Églises de l'émigration russe. Dès le début de cette situation temporaire, le métropolite Anthony Chrapovickij et ses collaborateurs comprenaient intuitivement que, dans des conditions difficiles de schismes ecclésiastiques, l’Église a besoin de l'organisation hiérarchique. Ils ont formé un synode et convoqué un Concile épiscopal. Le métropolite Platon a fait de même. Lui et ses fidèles ont cherché des solutions pour organiser une Église locale en Amérique sur la base de la métropole russe. Ils ont également rempli leur église d'évêques et ont formé un synode. Comme nous le savons, la situation temporaire des Eglises de l’émigration a duré très longtemps, et finalement, est devenue permanente. Les fondements hiérarchiques ont permis à ces Églises de traverser un chemin épineux et de préserver l’Église. Certes, de nombreux patriarcats ne reconnaissent pas l'Église orthodoxe en Amérique, mais elle vit en communion eucharistique avec toutes les Églises. Certes, Église orthodoxe russe hors frontières a accepté le patronage du patriarcat de Moscou, mais elle a conservé son indépendance dans sa manière d’évoluer et dans sa vie interne. Beaucoup de personnes pensaient que, l’Église orthodoxe russe hors frontières se fondra dans le patriarcat de Moscou en l’espace de dix ans. Mais au cours de ces 12 dernières années, pas un seul diocèse de cette église n'a disparu, au contraire, nous voyons que nos paroisses en Italie sont parties rejoindre précisément cette Église. Je ne partage pas l'esprit conservateur de l’Église orthodoxe russe hors frontières, mais je respecte cette Église.

Et que voyons-nous dans l'histoire de notre archevêché ? Au début, le métropolite Euloge avait des évêques dans des différents pays : en France, en Angleterre, en Allemagne, en République tchèque. Il aurait pu faire la même chose que l’Église orthodoxe russe hors frontières et la métropole américaine. Cependant, lui et ses fidèles ont décidé que le patriarcat de Constantinople serait le meilleur garant de l'existence de leur Église. Notre archevêché a gardé un seul évêque et quelques évêques auxiliaires sans pouvoirs de gestion en France. Il y a aussi un autre problème : les fonctions de la conférence épiscopale ne sont pas énoncées dans les statuts de l'archevêché et le rôle de l'assemblée pastorale dans la gestion de l'Église s’est complètement perdue. C'est justement pourquoi un seul évêque est resté finalement dans notre Église ! Bien sûr, il est possible de dire que tout cela est de la faute de Constantinople, qui ne nous donnait pas d’évêques, mais j’y vois plutôt un problème interne.

D’habitude, les partisans du principe de sobornost préfèrent opposer le cléricalisme à la collégialité. Cela n’est pas juste. Le Père Alexandre Schmemann insistait sur le fait que le principe hiérarchique et celui de sobornost sont étroitement liés dans la vie de l’Église : la hiérarchie existe dans l'Église parce que la sobornost (conciliarité) existe. Permettez-moi de vous rappeler que le Concile de Moscou n'a pas exclu le principe hiérarchique. Toutes les propositions et décisions du Concile ont été soumises à l’évaluation d’une assemblée d’évêques dont la conclusion a été décisive.

Et où en est arrivé notre archevêché sans la hiérarchie ?

Le modèle où il y a un seul évêque dans l'Église ne fonctionne pas dans le cadre du développement de l'Église locale dans les conditions modernes. La première fois le problème avec le "chapeau canonique" est apparu en 1965, mais personne n’en avait alors tiré de conclusions nécessaires. Et aujourd'hui, notre archevêché se trouve dans une situation de crise.

Dans l'Église, il existe le mécanisme de réception (consentement, témoignage). Il existe dans tous les modèles ecclésiologiques à des degrés divers. Nous pouvons parler de la réception interne et externe. Par exemple, dans notre diocèse, conformément aux décisions du Concile de Moscou, un des actes importants de l'Église primitive a été rétabli : l'élection d'un évêque. Lorsque l’Église locale choisit un évêque, elle témoigne à travers cet acte d’ellemême. On parle alors de la réception interne. Ensuite, l'Église a besoin d'une réception extérieure. Pour ce faire, les Églises voisines doivent rendre leur témoignage, leurs évêques doivent ordonner le candidat choisi dans cette Eglise locale.

Dans notre archevêché, il y a des normes de l'Église ancienne, mais il ne faut pas oublier qu'il n'est pas possible de mettre un signe d'égalité entre les conditions de l'Église primitive et les nôtres. Depuis plusieurs siècles, l’ecclésiologie universelle règne au sein de l’Église où les évêques jouent le rôle des représentants de la plus haute autorité ecclésiastique. Et voilà près de deux cents ans qu’existe le système de juridictions nationales autocéphales. Il faut ajouter à cela l’histoire dramatique de notre civilisation et de l’Église elle-même. Qui parmi ceux qui ont préparé le Concile de Moscou pouvait imaginer la chute de l’Empire russe ? Qui parmi les pères du Concile de Moscou pouvait prévoir l'exode des réfugiés russes et la formation de nouvelles Églises en Occident ? Qui parmi les émigrants russes pouvait savoir qu’ils finiront par s’installer dans les pays où ils ont été accueillis et que ceux-ci deviendront leurs pays de substitution ? Qui parmi les pères fondateurs de notre archevêché pouvait prévoir le comportement de Constantinople en 1965 et celui d’aujourd’hui ?

Bien sûr, l'évêque est le signe le plus important de l'Église. Il n'y a pas d'Église sans évêque. Le premier souci de l'évêque est de préserver l'unité de son Église. Mais l’évêque peut aussi quitter l’Église pour diverses raisons. Selon les normes canoniques modernes, une réception est requise, il faut avoir trois évêques pour ordonner un nouvel évêque.

Ce n’est pas par hasard que j’ai remarqué que pour la réception, il faut le témoignage des Églises voisines. Cependant, nous n'avons pas d'Églises voisines en Europe qui partagent nos convictions et notre vie.

J'en tire donc une conclusion : dans les conditions modernes, il est impossible de former une Église locale sur les principes du Concile de Moscou et de l'ecclésiologie eucharistique dans le cadre d'un seul diocèse !!! Un exemple de ceci est la disparition du diocèse du métropolite Antoine de Souroge en Angleterre.

Aujourd'hui, il est possible de former une Église locale uniquement dans le cadre d'un groupe autonome de diocèses, où il y a un synode d’évêques qui partagent les mêmes opinions et où les fondements hiérarchiques de l'Église s’accordent aux fondements de sobornost (conciliarité) !

Je vois également un autre problème interne de notre crise : notre pessimisme et notre minimalisme.

Regardez attentivement : toutes nos pensées et propositions sont dirigées vers la recherche d’une réception externe. Nous cherchons tout de suite quelqu’un qui pourra nous sauver, une Église autocéphale quelconque qui nous autorisera à vivre selon nos statuts, être libres, comme avant. Attention, les mots-clés sont « libres » et « comme avant ». Derrière eux se cache la volonté de vivre tranquillement. Jésus nous a-t-il promis de vivre tranquillement sur cette terre ? Voilà sa parole pour nous : « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde ! » (Jean 16, 33).

La condition morale de chaque chrétien doit donc être le courage face aux menaces de ce monde.

Je suis d’accord que la liberté ne veut pas dire anarchie. Le don de liberté est une grande responsabilité. Et comment nous comportons-nous ? À part une lettre, dans laquelle il y de l’optimisme, je n’ai hélas pas trouvé de propositions concrètes. Tout ce que je constate et vois, ce sont la confusion et les pleurs : « L’archevêché n’est plus comme avant » ; « Nous n’avons plus de force » ; « Nous avons très peu de paroisses » ; « Nous avons plus qu’un seul évêque » ; « Il n’y a pas de candidats à l’épiscopat » ; « À l’Institut Saint-Serge il n’y a pas d’étudiants issus notre archevêché » ; « Nous nous disputons tous » ; « L’archevêché va bientôt se diviser » ; « Tout s’écroule » ; « Nous avons perdu notre unité » ; etc. C’est pour cela que nos conversations ressemblent parfois à une discussion sur les conditions de notre capitulation et comment et à quelle armée il est plus intéressant de se rendre. C’est une honte !

Nous perdons foi en notre Église, en nos forces. Nous aimons organiser des débats au sujet de toutes les questions mais nous ne voulons pas prendre de décisions et en être les responsables. Nous voulons que quelqu’un d’autre décide pour nous, pour notre destin.

Nous perdons foi en notre Église, en nos forces. Nous aimons organiser des débats au sujet de toutes les questions mais nous ne voulons pas prendre de décisions et en être les responsables. Nous voulons que quelqu’un d’autre décide pour nous, pour notre destin.

Le diocèse n’a pas évolué ces 10 dernières années car nous vivions de manière trop passive en fermant les yeux sur tous les problèmes qui existaient auparavant. Nous n'avons pas fait attention aux territoires provinciaux français et aux autres pays et c’est pourquoi nous avons perdu presque toutes nos paroisses en Espagne. Nous perdons maintenant toutes nos paroisses au nord de l'Europe. Et voici notre principal péché : nous n'avons pas enseigné à nos fidèles les fondements sur lesquels repose notre archevêché ! Il y a trois ans, j'ai présenté un rapport lors d'une réunion de doyens, devant le Conseil et lors d'une Assemblée générale. J'ai fait de nombreuses propositions concrètes, notamment concernant l'organisation de plusieurs commissions dans l’archevêché (théologique, liturgique, historique et éditoriale) afin de comprendre l'expérience et l'histoire de notre archevêché et de déterminer notre identité. Plusieurs personnes ont été d’accord avec mes propositions, mais le Conseil n’a jamais pris de décision à ce sujet. C’est pourquoi je ne suis pas surpris de voir qu’une partie de l’archevêché ne sache rien à propos du Concile de Moscou 1917-1918 ni au sujet des travaux des théologiens de l’Institut Saint-Serge et ne comprend pas les statuts de l’archevêché. Les fidèles ne se reconnaissent pas comme étant une Église. À ce propos, il n’est pas facile de trouver nos statuts sur le site de notre archevêché. Pourquoi ? Où sont passé la transparence et l’esprit de sobornost ? Et c’est pourquoi nous entendons parler, durant nos réunions, de nos préférences politiques, nationales et personnelles, mais il n’y a pas d’arguments ecclésiologiques clairs.

Nous avons fait preuve de notre unité lors de la réunion du 23 février 2018 et c’était notre réception interne. Mais cela ne suffit plus dans notre situation de crise. Nous ne pouvons plus vivre comme avant. Et tant mieux ! Nous ne devons plus vivre de manière passive et tranquille. Une crise est une maladie. Mais c’est aussi une occasion pour un organisme de se renouveler dans la lutte avec cette maladie.

Oui, je partage une grande partie des critiques concernant notre position, mais je ne partage pas le pessimisme et le minimalisme de la majorité.

LES PROPOSITIONS (CE QU’IL FAUT FAIRE)

1. Je propose de suspendre temporairement la question de la réception extérieure. C’est-à-dire, mettre pour le moment de côté le vote concernant la question du patriarcat auquel nous devons nous rattacher. Nous ne sommes pas prêts pour les négociations ! Avant de parlementer avec qui que ce soit, il faut réorganiser notre fonctionnement interne afin qu’il corresponde à notre identité et à l’avenir que nous nous souhaitons. Je propose donc de faire une pause dans toutes les négociations. Cette pause est nécessaire pour mettre en place de sérieux changements.

2. Si nous sommes chrétiens, nous devons mobiliser toutes les forces compétentes de notre Église afin de comprendre que nous sommes une Église. Par conséquent, je propose tout d'abord de demander aux professeurs de notre Institut Saint-Serge d'analyser notre crise. C’est comme si nous avions oublié que nous avons un Institut dans notre archevêché. Nous ne pouvons aller nulle part sans un examen théologique sérieux de notre situation ! C'est par là que nous aurions dû commencer notre travail l'année dernière.

3. Nous devons faire en sorte pour que nos fidèles s’intéressent à leur Église. C’est pourquoi, je propose de mettre en place dans toutes les paroisses des sessions de discussions concernant l’histoire du Concile de Moscou 1917-1918 et l’histoire de notre archevêché.

4. Je suis d’accord avec le fait que l’histoire de notre archevêché à plus de 100 ans et que c’est une histoire particulière, mais c’est justement pour cela que je pense que notre archevêché est prêt pour des grands changements. Nous sommes prêts pour la prochaine étape de l'organisation d’une Église locale, nous sommes assez mûrs pour former une métropole (une Église autonome), en tenant compte de notre identité !

Mais pour cela, nous devons changer nos statuts. Nous devons commencer un grand travail concernant les nouveaux statuts de notre Église ! Ce n’est pas une nouvelle proposition. Une idée similaire avait déjà été émise à l’époque de l’archevêque Serge. Elle est encore d’actualité pour certains membres de notre Conseil. Je ne comprends pas pourquoi le Conseil a refusé cette idée. La création d'une Église avec plusieurs petits diocèses correspond aux décisions du Concile de Moscou et aux principes de l'ecclésiologie eucharistique.

Le territoire de notre archevêché est trop grand. Comme le disaient le Père Alexandre Schmemann et Monseigneur Jean Zizioulas, l'évêque ne doit pas être uniquement un invité d'honneur à la fête paroissiale. L'évêque doit être plus proche des gens, il doit être aussi impliqué que possible dans tous les aspects de la vie de ses fidèles. De nombreux patriarcats sont formés de petits diocèses, où l'évêque dirige entre 5 et 10 paroisses. Des métropoles qui réunissent des groupes de petits diocèses existent aussi en Russie et en Ukraine.

Je propose de former des diocèses différents : en Angleterre, au Benelux, en Italie, et diviser les paroisses françaises en 3-4 diocèses. (Nous n'avons pas besoin d’évêques vicaires sans pouvoirs, ce n’est pas juste du point de vue de l'ecclésiologie). Tous les candidats à l’épiscopat doivent être élus par le peuple de l’Église lors d’une assemblée générale. L’Église autocéphale ne confirme que le choix du primat de toute notre Église.

Il n’est pas obligatoire d’avoir tout de suite tous les évêques. Il existe une pratique dans l’Église lorsqu’un évêque dirige le diocèse voisin temporairement s’il n’a pas d’évêque pour une raison ou pour une autre, parfois pendant plusieurs années. Et durant cette période un nouveau candidat est en cours de préparation. Au début, nous pouvons faire la même chose et préparer nos candidats. Nous n'avons pas besoin d'évêques qui ne partagent pas nos convictions ! En plus des critères établis, la préparation d'un candidat à l’épiscopat devrait inclure un cursus spécial sur l'histoire du Concile de Moscou et sur l'histoire de notre archevêché.

5. Nous sommes obligés de renforcer notre base hiérarchique dès le début. L’Église doit compter au moins 7-8 évêques pour former un synode. Bien entendu, il est nécessaire de trouver un lien entre les pouvoirs du Conseil d'administration et du synode, entre l'Assemblée pastorale et de l'Assemblée générale, pour trouver un bon mode de fonctionnement entre la direction des diocèses et la direction de la métropole. Et cela est conforme à l'esprit et aux décisions du Concile de Moscou.

6. Nous ne devons pas oublier le développement de sobornost. Je trouve des lacunes dans ce domaine, notamment en ce qui concerne la représentation des paroisses lors des assemblées générales par l'intermédiaire de délégués paroissiaux. Parfois, lors du vote à l’Assemblée générale, le délégué exprime son opinion personnelle, et non celle de sa communauté. Est-ce ainsi qu’il représente sa paroisse ? Ce point n’est pas à négliger lorsque nous prenons des décisions sérieuses. Sans supprimer ce mode de fonctionnement, il est nécessaire de trouver un mécanisme supplémentaire par lequel nos paroisses pourraient exprimer leur opinion lors des assemblées générales de toute l'Église.

7. Les statuts des paroisses doivent aussi être révisés et clarifiés, en particulier ceux dont les paroisses se trouvent dans des pays où le fonctionnement des communautés religieuses ne repose pas sur le principe des associations cultuelles. C’est notamment le cas en Espagne.

8. Nous devons trouver dans nos statuts une place pour l'expansion de notre Église, pour la formation de nouveaux diocèses et la réception de groupes entiers de paroisses, y compris ceux qui sont en schisme aujourd'hui. Personne ne sait comment leur histoire va évoluer, mais il est nécessaire de prévoir de telles éventualités dans nos statuts.

9. C'est pourquoi je propose à nouveau de notifier dans nos nouveaux statuts et de mettre en place des commissions permanentes : théologique, liturgique, historique, éditoriale, qui étudieront les problèmes de la vie de notre Église et donneront une expertise théologique. Bien entendu, ces commissions devront travailler en étroite collaboration avec des professeurs de notre Institut, des prêtres et des laïcs compétents.

L’histoire et l’expérience de l’archevêché exigent réflexion et étude. Il est également nécessaire d'explorer d'autres événements de la vie moderne des Églises orthodoxes (par exemple, le retour du ministère des diaconesses, qui a eu lieu il y a trois ans dans le patriarcat d'Alexandrie).

10. Il n’y a pas de consignes précises dans nos statuts concernant les faits et les gestes à adopter en situation de crise, comme celle que nous vivons actuellement. Je propose de mettre en place de telles consignes. Bien évidemment, je comprends que nos statuts doivent correspondre aux lois françaises concernant les associations et aux lois des pays où se trouvent nos paroisses.

11. Nous devons trouver un nouveau nom pour notre Église. Il ne faut plus attacher à celui-ci un statut administratif comme (diocèse, archevêché, métropole), car il peut changer.

Je propose ce nom :

Église Orthodoxe de tradition russe en Europe occidentale selon les statuts du Concile de Moscou 1917-1918.

Ce nom reflète toute l’histoire et l’identité de notre Église et constitue un fondement pour différents changements de notre statut autonome au sein de l’Église autocéphale.

SUGGESTIONS (COMMENT FAIRE TOUT CELA) :

Dans une situation de crise, des solutions extraordinaires sont nécessaires. Je respecte sincèrement tous les membres du Conseil de l'archevêché, mais je pense que notre Conseil n'a ni la force ni la compétence ni le pouvoir suffisants pour travailler dans une situation de crise. En outre, ce n'est pas un secret que les membres du Conseil ne sont pas d'accord entre eux.

Aujourd'hui, nos statuts ne comportent pas de mesures concrètes qu’il faut prendre dans une situation de crise. Nous sommes libres de prendre nos décisions dans le cadre de la loi sur les associations cultuelles.

1) Par conséquent, je propose de faire marcher le principe de sobornost. Si nous croyons que notre archevêché est l'héritier du Concile de Moscou, nous devons organiser notre Concile de Paris et travailler dans l'esprit et selon les principes du Concile de Moscou de 1917-18. C'est ainsi et pas autrement ! Le travail doit se faire à tous les niveaux : professionnel, collégial (toute l’Église), paroissial. Au niveau professionnel : nous devons créer une grande et compétente Commission statutaire pour travailler sur les nouveaux statuts. Sur le plan collégial (toute l’Église), il faudra discuter et adopter le projet de nouveaux statuts lors des assemblées de l'Église. Au niveau paroissial, les paroisses devront discuter du projet.

2) Je propose de modifier l'ordre du jour de l'Assemblée le 7 septembre en soumettant au vote les questions suivantes :

- Reconnaître la situation de notre archevêché comme étant critique et nécessitant des mesures extraordinaires.

- Prendre une pause temporaire dans les négociations avec les Églises autocéphales.

- Reconnaître la nécessité d’une mise en place du projet de nouveaux statuts de l'Église.

- Former une Commission statutaire pour l'élaboration d'un projet de nouveaux statuts.

- Déterminer la composition de la Commission, les modalités et le calendrier de son travail.

- Élire les membres de la Commission.

Étant donné que nous aimons de longs débats, nous aimons manger longtemps et parler longtemps dans les couloirs, je propose de prévoir une deuxième journée pour l'Assemblée, le dimanche 8 septembre.

3) Je propose que les membres de la Commission statutaire soient des participants exofficio :

• L’archevêque

• Tous les membres du Conseil de l'archevêché

• Tous les doyens

• Tous les professeurs de l'institut Saint-Serge, qui sont membres de l'archevêché et souhaitent travailler au sein de la Commission.

Je propose d'élire 10 membres de la Commission parmi les délégués de l'Assemblée : 5 membres du clergé et 5 laïcs. Nous pouvons faire appel à tous les membres de l'Église qui souhaite faire partie de la Commission ou devenir ses consultants. Je propose les critères suivants pour la sélection des membres de la Commission : le désir et la compétence.

4) Je propose l'ordre et le calendrier suivant pour notre travail. Si la Commission est élue le 7 septembre, elle peut se réunir pour la première séance le dimanche 8 septembre ou à la mi-septembre. Nous pouvons proposer aux membres de la Commission d'étudier les documents du Concile de Moscou, les statuts actuels de l'archevêché, les statuts de l'Église orthodoxe en Amérique, les statuts de l'Église russe hors frontières. Nous pouvons également prendre les statuts du diocèse de Souroge de l'époque du métropolite Antoine, un projet de statuts de la métropole qui a été préparé par l’archevêché à l'époque de l'archevêque Serge. Il faudra y piocher tout ce qui est intéressant. Lors de la première séance, la Commission déterminera le règlement de travail et les tâches spécifiques. La Commission peut être divisée en sous-commissions selon les sujets des statuts. Les membres de la Commission auront des « devoirs à la maison ».

Je propose d'organiser la deuxième réunion de la Commission les 1er et 2 novembre (les jours fériés en France). Lors de cette séance, la Commission présentera un projet de statuts.

Conformément aux statuts, nous sommes tenus de tenir cette année une Assemblée générale ordinaire que je propose d'organiser le 11 novembre. Je propose d'inscrire à l'ordre du jour de cette Assemblée le point suivant : « Examen du projet de nouveaux statuts ».

Après l'Assemblée, les délégués présenteront ce projet à leurs paroisses pour qu’elles puissent l’examiner.

À la mi-décembre, la Commission statutaire se réunira à nouveau pour examiner les observations et les propositions des paroisses et préparer le projet. Au début de février 2020, nous nous réunirons à nouveau pour une deuxième Assemblée extraordinaire et voterons pour une version finale du projet des statuts avec laquelle la délégation négociera avec l'Église autocéphale.

Cette Assemblée choisira également l'orientation des négociations en indiquant avec quelle ou quelles Eglises autocéphales nous négocierons sur la base du projet de nos nouveaux statuts.

J’attire votre attention sur le fait que c’est nous qui préparons le projet de nouveaux statuts, sans en avoir discuté au préalable avec l'Église autocéphale. Ce sera un projet idéal avec lequel nous allons négocier.

La conciliarité (Sobornost) est notre arme principale ! Si l'Assemblée vote pour un nouveau projet de statuts, la décision du peuple de Dieu est notre atout principal dans toutes les négociations.

5) Aucune petite délégation de deux ou trois personnes, aucune négociation secrète ! Je suis convaincu que l’autorité du Conseil n'est pas suffisante pour négocier dans une situation de crise. L'Assemblée générale doit élire une délégation pour négocier !

Je propose d'élire une délégation de 10 membres parmi les membres de la Commission statutaire : 5 prêtres et 5 laïcs, sous la présidence de l'archevêque. La délégation doit être solide et large, comme l'a fait l'Église russe hors frontières pour pouvoir avoir sa propre réunion au sein de la délégation pendant les négociations. Les laïcs doivent être présents dans la délégation, car ils sont plus ouverts et plus courageux que les prêtres, qui, en raison de leur responsabilité pastorale, sont plus discrets.

Le courage et la responsabilité sont nécessaires pour une mission diplomatique. Un autre critère est également important : les théologiens devront faire partie de notre délégation.

Si les négociations se dérouleront avec succès et nous arriverons à un accord avec une Église autocéphale, le projet de nouveaux statuts, sous réserve de cet accord, devra être renvoyé aux paroisses pour qu’elles puissent l’examiner et faire des commentaires qui seront envoyés à la Commission.La prochaine Assemblée générale extraordinaire pourra être convoquée en mai 2020. L'Assemblée générale examinera le projet une dernière fois et approuvera la version finale de nouveaux statuts pour leur enregistrement selon les lois françaises.

6) Il est nécessaire d'écrire une prière spéciale et de prier pendant toute la période de notre travail dans toutes les paroisses devant l'icône des nouveaux martyrs — les pères du Concile de Moscou de 1917-18. Cette icône existe, elle a été écrite en 2012. Je propose que les copies de cette icône soient distribuées à toutes les paroisses de l'archevêché.

Je propose aussi d'annoncer un jeûne d'une journée la veille de chaque Assemblée.

7) Je propose d’organiser une quête dans toutes les paroisses la veille de chaque Assemblée pour couvrir les frais du travail de la Commission statutaire et de la délégation. Les paroisses pourront faire un don à l’archevêché selon leur budget.

MANIFESTE

Comme vous le voyez, je vous ai présenté une brève analyse de notre crise et un programme d'actions spécifiques.

Je comprends tout à fait qu'il faudra mobiliser toutes les forces de l'Église. Mais cette oeuvre réveillera toute l'Église, elle donnera l'exemple d'une véritable sobornost, de notre unité, de notre courage et de notre responsabilité pour le destin de l'Église. Quand nous ferons ce travail, nous nous renouvellerons, nous grandirons en Christ, nous commencerons à nous respecter nous-mêmes.

L'historien de l'émigration Mikhail Nazarov écrit que l'influence culturelle de la juridiction du métropolite Euloge est disproportionnée par rapport à sa taille quantitative. Donc, je suis sûr qu'il y a une ressource spirituelle, un potentiel intérieur dans notre archevêché, dévoilonsle !

Le temps ? N'ayez pas peur de ne pas en avoir. Le temps de l'histoire mondiale passe par l'Église, quand nous commencerons à travailler beaucoup et de manière fructueuse, le temps passera rapidement. Maintenant que Constantinople nous a quittés et que nous ne sommes pas encore entrés en alliance avec une autre Église autocéphale, nous sommes maîtres de notre destin. C’est une chance que le Seigneur nous donne, de changer notre histoire, de commencer une nouvelle étape dans la construction d'une Église locale. Ensuite, sous le contrôle de l'Église autocéphale, nous n'aurons plus cette chance ! Le Seigneur attend de nous du courage, il aide celui qui multiplie les talents, pas celui qui les enfouit dans la terre (Mat. 25: 14-30). Le Seigneur aime ceux qui font des efforts. (Mat.11:12).

Je m’adresse à vous Cher Monseigneur Jean ! Vous êtes notre archevêque, vous êtes dans une situation fragile, vous êtes fatigué des désaccords de vos fidèles et vous avez pris une décision dans votre coeur. Mais je vous en supplie, ne démissionnez pas et de ne prenez pas une décision qui va diviser votre Église ! Si nous nous divisons 70% contre 30%, ce sera aussi une défaite. Je vous prie, Monseigneur, de prêter attention à mes propositions. L'archevêché a déjà parcouru son long chemin dans le désert, et ce chemin est plus long que le chemin de l'ancien Israël, pas 38 ans, mais presque 100 ans. Le diocèse est donc prêt pour une nouvelle étape de sa vie. Nous devons seulement faire les derniers efforts pour entrer dans notre Terre promise, où nous continuerons à développer la vie ecclésiastique. Vous êtes le seul évêque parmi nous, mais je vous demande de vous souvenir des paroles du Seigneur à Josué, qui est également resté le seul chef en Israël : "Sois fort et courageux" (Jos 1, 9). Monseigneur, vous êtes notre Josué, conduisez-nous dans la Terre promise !

Je m'adresse en premier lieu à ceux qui sont nés ici, pour qui l'archevêché est la maison natale. Je suis votre fils adoptif et frère cadet, une branche greffée à l'archevêché, selon la parole de l'apôtre Paul. J'ai trouvé ici tout ce que je cherchais et je ne veux pas le perdre. Les présents statuts de l'archevêché ont cessé de répondre aux demandes du temps. Ni le diocèse avec des droits restreins, ni encore moins le vicariat sans droits ne nous permettront de développer la vie ecclésiastique selon notre identité. Voulez-vous laisser la glorieuse histoire de l'archevêché se terminer sans gloire ?!

Je m'adresse à vous, chers professeurs de notre Institut. Vous êtes héritiers des grands théologiens de notre Institut Saint-Serge, vous représentez son enseignement lors des conférences et des colloques devant les théologiens d'autres Églises orthodoxes et les savants des confessions occidentales. Maintenant, votre tour est venu de faire un travail théologique important pour l'Église dont vous êtes membres. S'il vous plaît, analysez notre crise du point de vue historique, ecclésiologique et canonique, soutenez mon initiative, donnez votre consentement à travailler au sein de la Commission statutaire. En l'absence du synode des évêques dans notre Église, votre avis d'expert est notre seule autorité !

Chers prêtres de l'archevêché, moines, frères et soeurs ! Nous devons mettre de côté toutes nos préférences politiques, patriotiques et personnelles, nous devons rejeter notre passivité, notre paresse et notre lâcheté, nos désaccords et nos conflits, notre scepticisme et notre manque de foi. Nous devons nous demander qui sommes-nous ?!

Nous sommes les descendants des fils de Dieu, Nous sommes les héritiers d'Abraham par la foi, Nous sommes les apôtres et les frères de notre Seigneur Jésus-Christ, Nous sommes les enfants du Père Céleste ! Nous sommes oints du Saint-Esprit, Nous vivons dans l'espérance eschatologique ! Nous sommes le peuple de Dieu, Nous sommes l'Église, Nous sommes Israël ! Nous sommes devant la juge de l'histoire !

Si nous ne gardons pas notre unité, nous n’entendrons que des pleurs auprès des fleuves de Babylone... Par conséquent, nous devons tous ensemble, dans l'esprit de sobornost, trouver une « solution de Salomon ».

Je ne sais pas maintenant quelle Église autocéphale va vouloir poursuivre le dialogue avec nous dans de nouvelles conditions, mais je sais avec certitude que nous ne sommes pas pires que l’Église orthodoxe russe hors frontières ou l’Église orthodoxe en Amérique, au contraire, nous sommes encore mieux ! Malgré la crise actuelle, notre Archevêché est un joyau. L'Église qui reconnaîtra notre identité augmentera son autorité !

Après le travail accompli dans l'esprit de sobornost sur le projet de nouveaux statuts, nous nous renouvellerons et nous deviendrons tous plus sérieux et plus grand !

Nous allons négocier ouvertement et de manière responsable. Nous serons déterminés car nous voulons une large autonomie. Nous avons grandi et avons dépassé les statuts du diocèse. Nous avons besoin d'une Église avec de nouveaux statuts et un synode. Et nous avons un besoin urgent de tout faire maintenant et pas plus tard. Mais nous allons contrôler notre esprit prophétique, nous devons être prêts pour faire quelques compromis. Nous serons reconnaissants à l'Église autocéphale qui nous reconnaîtra, nous chercherons ensemble une voie pour construire une Église locale en Europe occidentale. Avec cette Église autocéphale, nous continuerons à travailler avec d'autres Églises orthodoxes sur la recherche de l'unité. Nos théologiens soutiendront cette Église autocéphale dans le dur labeur de la définition de l'ecclésiologie évangélique véritable, et selon cette dernière dans le travail de révision des canons anciens, et appelleront les autres à faire cela. Tout ceci est ce dont parlaient les théologiens de l'émigration russe Afanassieff, Schmemann et Meyendorff. C'est un grand travail pour tout le XXIe siècle.

Aujourd'hui, dans l'atmosphère de la crise globale de l'ecclésiologie et des canons anciens, l'Église, qui recueillera et non dispersera des pierres, qui servira l'unité, finira par recevoir la reconnaissance et prendra une place prioritaire pour présider dans l'amour dans le monde orthodoxe, non pas selon un ordre formel, mais selon un ordre de grâce. Je suis conscient que l'optimisme n'est pas égal à l'idéalisme, mais on peut aussi dire que le réalisme n'est pas égal au pessimisme. Regardez ce que fait un nageur professionnel qui doit traverser une rivière avec un fort courant pour atteindre la rive opposée en face de lui. Au début, il monte à pied sur sa rive, allant à contre-courant de la rivière, parce qu'il sait que quand il commencera à nager, le courant de la rivière l'amènera au bon point. De la même manière, je vous suggère de fixer un objectif élevé devant l'Église, et le courant de la vie nous mènera au bon endroit.

Donc, ÉCOUTE, ISRAËL ! SOIS COURAGEUX ET SAGE !

Je sonne la cloche ! Je vous invite à organiser notre Concile de Paris dans l'esprit du Concile de Moscou de 1917-18, car c'est ce que l'Église a toujours fait par temps de crise et d’épreuves. Nous devons tous ensemble faire un grand travail dans un court laps de temps. Que Dieu nous aide !

Avec l'amour du Christ pour vous tous, Votre petit frère, l'archiprêtre Georges ASHKOV Biarritz, Lourdes Août 2019