L’avenir de l’Archevêché versus Moscou : de pire en pire !

La grande majorité des orthodoxes en Russie vivent non pas selon les statuts de l’Eglise orthodoxe russe – Patriarcat de Moscou, mais à la grâce de Dieu et selon le bon vouloir de leurs évêques respectifs. Récemment le protodiacre André Kouraïev a révélé que la nouvelle rédaction des statuts civils de l’Eglise orthodoxe russe – Patriarcat de Moscou, déposée auprès du ministère de la Justice, n’avait jamais été publiée publiquement. Le père Paul Adelgheim, le seul clerc à avoir exprimé des critiques contre les changements non-fondés introduits dans ce règlement qui prive les communautés paroissiales de leurs derniers éléments de conciliarité a été tué il y a six ans de cela.

Au sein de l’Eglise orthodoxe russe – Patriarcat de Moscou, au cours de ces dernières années, a été mise en place une verticale du pouvoir particulièrement rigoureuse. Et tous, depuis les paroissiens jusqu’aux évêques, obéissent au Patriarche et au Synode. Dans tout cela, ceux qui sont les plus privés de tous droits ce sont les prêtres de paroisse, bien entendu.

C’est pourquoi, si un jour venait à se réunir en toute liberté un Concile local de l’Eglise orthodoxe russe, il aura besoin de prendre en compte l’expérience de l’Archevêché russe dont le centre est à Paris et qui est resté fidèle aux décisions du Concile local de Moscou de 1917-1918, et ce d’autant plus que la liberté et la conciliarité de cet Archevêché font à nouveau l’objet d’attaques de la part du Patriarcat de Moscou. […]

Il est fort regrettable que l’évêque diocésain aujourd’hui à la tête de l’Archevêché, Mgr Jean Renneteau, transgresse les statuts de l’Archevêché de manière éhontée. Il continue à mener des tractations en coulisse avec des représentants du Patriarcat de Moscou, sans que le Conseil de l’Archevêché en soit informé.

C’est ainsi que le 21 juin Mgr Jean s’est rendu à Vienne, en compagnie de père Jean Gueit, pour y rencontrer le très jeune métropolite Antoine Sevriouk, l’ancien secrétaire particulier du patriarche Cyrille Goundiaïev, et l’évêque Savva Toutounov. Dans la mesure où le nouveau chef de l’Exarchat du Patriarcat de Moscou en Europe occidentale, le métropolite Antoine, ne parle pas le français, c’est l’évêque Savva de Zvenigorod qui est né et a grandi en France qui menait les discussions avec Mgr Jean. On peut dire d’ailleurs que ces discussions se sont déroulées dans une atmosphère particulièrement tendue.

C’est surtout l’évêque Savva qui prenait la parole, et ceci de manière si brutale, qu’à la fin de la rencontre Mgr Jean, semble-t-il, n’a plus eu la moindre illusion quant à son sort prochain. Des conditions très claires lui ont été formulées : passage rapide de l’Archevêché dans l’obédience de l’Eglise orthodoxe russe et transfert au Patriarcat de Moscou de la propriété de la cathédrale de la rue Daru. Si ces conditions sont remplies, il sera envisageable de permettre à Mgr Jean de vivre tranquillement et de célébrer à… Genève.

Comme nous l’avons appris auprès de sources proches du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, à cette rencontre participait également le père Nicolas Balachov, qui est le premier adjoint du président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. Après que l’évêque Savva eût lancé la discussion, le père Balachov est intervenu à son tour, de manière très énergique, et il a exigé de Mgr Jean qu’il lui donne la liste des délégués qui doivent participer à l’Assemblée générale extraordinaire de l’Archevêché en septembre prochain. Mgr Jean, assez étonné, a demandé, pourquoi faire ? Balachov a répondu que, si Mgr Jean se considérait comme faisant parti du Patriarcat de Moscou, il avait intérêt à poser moins de questions.

Et le père Balachov a ensuite expliqué ses raisons (je cite littéralement) : « Puisque le clergé des paroisses de Paris ne vous soutient pas dans sa majorité, il faut s’appuyer sur le clergé de la province. C’est pourquoi nous allons acheter les billets [pour payer le voyage à Paris] des délégués des paroisses de province, nous allons leur trouver de bons hôtels et ils vous soutiendront durant l’AG ». « Mais cela revient à acheter les gens ! », a protesté Mgr Jean. A quoi Balachov a répondu sèchement : « Ce n’est pas votre affaire !».

Il y a quelques jours la paroisse de Biarritz a adressé à Mgr Jean une lettre dans laquelle elle exige que l’AGE prévue début septembre soit préparée comme il se doit, de manière un tant soit peu sérieuse. […]

Serge Bytchkov
(texte intégral paru sur le site Portal-Credo : https://credo.press/225223/)
Traduit du russe